Scission de Vivendi : comment Vincent Bolloré a neutralisé la fronde des minoritaires
Une victoire judiciaire qui valide le démantèlement sans surcoût
Le projet de scission de Vivendi vient de franchir un obstacle réglementaire décisif. Mercredi, la cour d’appel de Paris a rejeté le recours du fonds activiste CIAM, qui exigeait que le groupe de Vincent Bolloré lance une offre publique de retrait (OPR) avant de scinder ses activités. Cette décision permet à la direction de poursuivre la restructuration du conglomérat sans avoir à racheter les parts des actionnaires minoritaires à un prix potentiellement surévalué.
Le fonds CIAM, qui détient une participation minoritaire, contestait la méthode employée par l'actionnaire de référence. Selon lui, la division de l'empire en quatre entités distinctes (Canal+, Havas, Louis Hachette Group et Vivendi) prive les actionnaires historiques de la prime de contrôle. Les magistrats ont pourtant estimé que la procédure respectait le droit des sociétés en vigueur, ne caractérisant aucun abus de majorité.
L'échec de la stratégie de blocage du fonds CIAM
Le bras de fer entre la direction de Vivendi et les fonds spéculatifs met en lumière les limites de l'activisme actionnarial en France face aux holdings familiales. Pour tenter de faire plier Vincent Bolloré, le fonds CIAM s'est appuyé sur plusieurs arguments techniques :
- La perte d'une décote de holding globale au profit de structures séparées moins liquides.
- L'absence de consultation des minoritaires sur la valorisation réelle des filiales lors du processus de scission.
- Le risque d'une baisse de valorisation de l'entité résiduelle de Vivendi après le départ des actifs les plus rentables.
La décision de la cour d'appel confirme que la restructuration d'un groupe coté peut s'opérer par distribution d'actions des nouvelles entités, sans obligation de proposer une sortie en numéraire. Le fonds CIAM a immédiatement annoncé son intention de se pourvoir en cassation, mais ce recours n'est pas suspensif, ce qui laisse le calendrier de Vivendi intact.
Les conséquences financières pour l'empire Bolloré
Cette décision évite à Vivendi de mobiliser plusieurs milliards d'euros pour désintéresser les opposants au projet. En évitant une OPR contraignante, le groupe préserve sa trésorerie pour désendetter les futures entités cotées, notamment Canal+ qui prépare son introduction à la Bourse de Londres. Les analystes estiment que la scission globale pourrait libérer une valeur latente de 40% par rapport au cours actuel du conglomérat.
Le calendrier s'accélère désormais pour l'assemblée générale décisive des actionnaires, prévue pour le 9 décembre. L'approbation des résolutions de scission nécessite une majorité des deux tiers. Fort de ce succès judiciaire, le camp Bolloré aborde ce scrutin avec un rapport de force largement favorable, d'autant que les principales agences de conseil en vote ont exprimé un avis neutre ou favorable à l'opération.
La décision de la Cour de cassation, attendue d'ici fin 2025, fixera définitivement la jurisprudence sur les scissions de grands groupes en France. Si elle confirme l'arrêt de la cour d'appel, elle limitera considérablement le pouvoir de contestation des minoritaires lors des futures réorganisations industrielles du CAC 40.
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