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L'État brade ses tunnels : une manœuvre comptable déguisée en stratégie

12 May 2026 3 min de lecture
L'État brade ses tunnels : une manœuvre comptable déguisée en stratégie

Le mirage de la désinflation souveraine

L’annonce est tombée avec la discrétion habituelle des aveux d’échec : l’État français cède pour 2,5 milliards d’euros ses participations dans les tunnels du Mont-Blanc, du Fréjus et la Société pour le logement intermédiaire (SLI). On nous présente cela comme une rationalisation des actifs, une manière de se concentrer sur des secteurs jugés plus critiques. En réalité, c'est l'aveu d'une gestion à vue où l'on vend les bijoux de famille pour boucher les trous d'un budget qui prend l'eau de toutes parts.

Le choix de l'acquéreur, la Caisse des dépôts et consignations (CDC), est le premier signal de cette hypocrisie administrative. On ne vend pas au marché, on déplace l'argent d'une poche à l'autre de la veste souveraine. C'est une opération blanche pour la nation, mais une victoire comptable pour Bercy qui peut ainsi sortir ces actifs de son périmètre direct pour gonfler ses liquidités immédiates. Le tunnel du Mont-Blanc n'est pas devenu moins stratégique en une nuit ; il est simplement devenu une variable d'ajustement financière.

L'illusion de la sortie de l'infrastructure

Le discours officiel tente de nous convaincre que la gestion des infrastructures de transport n'est plus au cœur des priorités de l'Agence des participations de l'État (APE). C'est une erreur d'analyse fondamentale sur ce que représente la souveraineté territoriale au XXIe siècle. Les flux de marchandises et de personnes à travers les Alpes sont des leviers de pouvoir économique directs. S'en délester au profit d'une entité certes publique, mais aux objectifs différents, dilue la responsabilité politique derrière un paravent technique.

L’Agence des participations de l’Etat se déleste pour 2,5 milliards d’euros de trois participations jugées moins stratégiques qu’avant.

Cette citation illustre parfaitement le cynisme ambiant. Comment un point de passage reliant la France à l'Italie, vital pour l'industrie européenne, peut-il être jugé moins stratégique aujourd'hui qu'hier ? La vérité est ailleurs : l'État a besoin de cash pour financer ses investissements dans le nucléaire ou le numérique, et il choisit de sacrifier des rentes de situation stables pour des paris industriels incertains.

Une gestion de patrimoine en mode survie

La vente de la Société pour le logement intermédiaire (SLI) dans le même lot confirme cette tendance au désengagement précipité. Alors que la crise du logement frappe violemment les classes moyennes, l'État préfère encaisser un chèque plutôt que de piloter directement un outil de régulation du marché. C'est une vision court-termiste qui privilégie le bilan de l'année en cours au détriment de la stabilité sociale de la décennie suivante. Les fondateurs de startups comprendront l'ironie : c'est comme vendre son infrastructure serveur pour payer les bureaux, tout en espérant que la croissance compensera la perte de contrôle.

Les analystes qui applaudissent cette opération oublient que ces actifs sont des monopoles naturels. Un tunnel ne risque pas d'être disrupté par une application mobile ou une intelligence artificielle. En privant son bras armé financier de ces flux de trésorerie prévisibles, l'État s'affaiblit sur le long terme. On ne construit pas une économie forte en se séparant de ce qui fonctionne pour éponger les dettes du passé. Le temps confirmera que cette cession n'est qu'un pansement coûteux sur une plaie ouverte.

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Tags Économie Souveraineté Bercy Infrastructures Stratégie
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