The Witcher 3 en 2027 : l'aveu de faiblesse de CD Projekt
Le syndrome de la nostalgie permanente
L'annonce de l'extension Songs of the Past pour The Witcher 3 est la preuve irréfutable que CD Projekt Red refuse de regarder vers l'avenir. Alors que l'industrie s'attendait à voir le studio se concentrer sur la relève, nous revoilà plongés dans les bottes de Geralt de Riv, un personnage dont l'arc narratif semblait pourtant avoir trouvé une conclusion parfaite avec Blood and Wine.
Vendre du contenu additionnel en 2027 pour un titre sorti en 2015 ne relève pas du génie créatif, mais d'une stratégie de gestion de risques poussée à l'extrême. Le studio ne cherche pas à innover, il cherche à sécuriser ses bilans financiers en s'appuyant sur une base d'utilisateurs qui refuse de vieillir.
À la surprise générale, CD Projekt vient d'annoncer que The Witcher 3 va recevoir une 3ème extension... prévue pour 2027.
Cette surprise est en réalité un aveu : les nouveaux projets, y compris la suite de la franchise, ne sont pas prêts à supporter le poids des attentes des investisseurs. On nous sert donc un plat réchauffé pour occuper le terrain, une pratique que l'on attendrait de studios en manque d'inspiration, pas de ceux qui prétendent définir le futur du jeu de rôle occidental.
L'échec de la transition post-Cyberpunk
Il est fascinant de constater à quel point le traumatisme lié au lancement de Cyberpunk 2077 semble encore dicter chaque mouvement de l'entreprise polonaise. En revenant vers le moteur de leur plus grand succès, ils choisissent la sécurité technique au détriment de l'évolution artistique. Est-ce là le destin des grands studios : devenir des conservateurs de leurs propres musées ?
Le choix de Geralt comme protagoniste pour cette aventure tardive invalide presque le concept de progression. L'industrie devrait se demander pourquoi nous sommes si prompts à applaudir le recyclage massif de propriétés intellectuelles au lieu d'exiger de nouveaux mondes. CD Projekt joue sur la corde sensible des fans, mais finit par éroder l'héritage d'un titre qui aurait dû rester une oeuvre finie.
Le développement de Songs of the Past consomme des ressources humaines et financières qui ne seront pas allouées à l'exploration de nouvelles mécaniques ou à la création de récits originaux. C’est le triomphe du marketing sur l'audace, une tendance qui gangrène les productions AAA depuis plus d'une décennie.
Une date de sortie qui pose question
Fixer un rendez-vous en 2027 pour une extension d'un jeu déjà ancien est une hérésie chronologique. D'ici là, deux nouvelles générations de cartes graphiques auront vu le jour et les standards visuels auront radicalement changé. Le risque est de voir débarquer un contenu qui, malgré ses qualités narratives probables, souffrira cruellement de la comparaison avec les productions contemporaines.
On peut arguer que la narration de CD Projekt suffit à porter le projet, mais l'aspect ludique risque de paraître daté, figé dans les structures de gameplay du milieu des années 2010. Le studio se condamne à une comparaison permanente avec lui-même, s'enfermant dans un cercle vicieux où chaque nouveauté est mesurée à l'aune d'un chef-d'œuvre passé qu'ils tentent désespérément de prolonger.
Geralt de Riv mérite une retraite paisible à Kaer Morhen, pas d'être transformé en mascotte corporative que l'on ressort du placard dès que l'action en bourse a besoin d'un coup de fouet. Si Songs of the Past s'avère être un simple bonus nostalgique, il sera vite oublié ; s'il se veut ambitieux, il risque de n'être qu'un anachronisme technique que même les fans les plus dévoués peineront à défendre dans trois ans.
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